Une silhouette ronde, des couleurs éclatantes et une énergie presque dansante suffisent souvent à reconnaître les Nanas de Niki de Saint Phalle. Derrière cette apparence joyeuse se trouvent pourtant une réflexion sur le corps féminin, la liberté et la place des femmes dans l’art. Je vous propose de comprendre leur origine, leur symbolique, leurs techniques et les œuvres qui ont marqué cette série.
Les repères essentiels pour comprendre les Nanas
- 1965 marque la naissance des premières Nanas.
- Ces sculptures représentent des figures féminines monumentales, colorées et affirmées.
- Leur inspiration vient notamment de la grossesse de Clarice Rivers.
- La série est liée au Nouveau Réalisme, tout en développant un langage très personnel.
- Les matériaux, les motifs et les dimensions changent selon les œuvres, mais l’idée de liberté du corps reste centrale.
Que sont les Nanas de Niki de Saint Phalle ?
Les Nanas sont une série de sculptures féminines créées par Niki de Saint Phalle à partir de 1965. Le mot « nana », familier en français, désigne simplement une femme ou une fille. L’artiste reprend ce terme courant pour lui donner une force nouvelle, loin des représentations sages, décoratives ou fragiles auxquelles le corps féminin a souvent été réduit.
Leurs formes sont volontairement généreuses. Les hanches sont larges, les jambes écartées, les bras levés et les torses occupent l’espace avec assurance. Je trouve essentiel de ne pas voir dans ces volumes une simple exagération comique : ils expriment surtout une présence physique impossible à ignorer.
Les premières figures apparaissent alors que l’artiste s’intéresse déjà aux femmes, à leur rôle social et à leur pouvoir de transformation. La grossesse de Clarice Rivers, proche du peintre Larry Rivers, lui inspire des silhouettes plus amples et plus libres. Les Nanas ne sont donc pas des portraits individuels, mais des figures collectives, presque archétypales, qui peuvent représenter toutes les femmes.
Pourquoi ces corps sont-ils si colorés et exubérants ?
La couleur est l’un des premiers éléments qui attirent le regard. Rouge, jaune, bleu, vert, rose ou orange se combinent avec des aplats francs, des damiers, des spirales et des motifs très contrastés. Cette palette crée une impression de fête, mais elle sert aussi à éloigner la sculpture d’une vision naturaliste du corps.
Chez Niki de Saint Phalle, le corps féminin n’a pas besoin d’être réaliste pour être puissant. Les proportions amplifiées et les surfaces décorées transforment la figure en signe visuel. La Nana devient à la fois une femme, une danseuse, une déesse et une architecture vivante.
Cette joie apparente ne doit toutefois pas faire oublier la dimension politique de la série. L’artiste répond à une société qui impose aux femmes des normes de beauté, de comportement et de discrétion. En donnant à ses personnages des ventres, des seins et des hanches impossibles à dissimuler, elle affirme que le corps peut être source de plaisir, de mouvement et d’autorité.
Certaines œuvres rendent aussi hommage à des figures précises. Black Rosy ou Mon cœur appartient à Rosy, réalisée en 1965, renvoie à Rosa Parks. Cette Nana rappelle que la série ne parle pas seulement de féminité en général, mais aussi de diversité, de dignité et de lutte contre les discriminations.

Des petites sculptures aux œuvres monumentales
Les Nanas existent dans des formats très différents. Certaines tiennent sur une table, tandis que d’autres occupent une place entière dans l’espace public. Ce changement d’échelle modifie complètement leur effet : une petite figure invite à l’observation, alors qu’une Nana monumentale impose une relation presque physique avec le spectateur.
Hon, une Nana dans laquelle on entre
En 1966, Niki de Saint Phalle participe avec Jean Tinguely et Pontus Hultén à la création de Hon au Moderna Museet de Stockholm. Cette immense Nana allongée est conçue comme une construction accessible au public. On y entrait par l’espace situé entre ses jambes, ce qui transformait le corps féminin en lieu d’expérience artistique.
Cette œuvre est importante parce qu’elle dépasse la sculpture traditionnelle. La Nana n’est plus seulement une forme à regarder depuis l’extérieur. Elle devient un environnement, presque une architecture, et invite le visiteur à abandonner la distance respectueuse habituellement associée aux œuvres d’art.
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Les Nanas de Hanovre
Les trois Nanas installées à Hanovre, généralement appelées Sophie, Charlotte et Caroline, montrent comment ces sculptures ont quitté les musées pour entrer dans la ville. Conçues au début des années 1970 et installées au milieu de la décennie, elles ont d’abord suscité des réactions très hostiles avant de devenir des symboles appréciés par les habitants.
Cette histoire me paraît révélatrice. Une œuvre qui semble aujourd’hui joyeuse et populaire peut déranger lorsqu’elle apparaît dans un espace urbain traditionnel. Les Nanas obligent à repenser ce qui mérite d’être placé au centre d’une ville et la manière dont une présence féminine peut occuper l’espace public.
Quelle place occupent les Nanas dans le Nouveau Réalisme ?
Niki de Saint Phalle est associée au Nouveau Réalisme, mouvement artistique français fondé au début des années 1960 autour du critique Pierre Restany. Les artistes de ce groupe cherchent à rapprocher l’art de la vie quotidienne en utilisant des objets, des gestes et des matériaux qui ne correspondent pas aux habitudes de la peinture traditionnelle.
Avant les Nanas, Niki de Saint Phalle s’est fait connaître avec ses « tableaux-tirs ». Elle tirait à la carabine sur des assemblages recouverts de plâtre et de poches de peinture. Le geste provoquait l’éclatement des couleurs. Cette pratique explique en partie le goût de l’artiste pour les œuvres physiques, spectaculaires et participatives.
Il serait toutefois réducteur de classer les Nanas comme de simples œuvres du Nouveau Réalisme. Elles dialoguent avec le Pop Art, l’art public et la sculpture contemporaine, mais leur univers reste très personnel. Les couleurs, les motifs et les références aux mythes féminins composent un langage reconnaissable entre tous.
Comment sont fabriquées et décorées ces sculptures ?
Les techniques évoluent au fil des années. Pour les œuvres de grande taille, l’artiste et ses collaborateurs utilisent notamment une armature, du grillage, du plâtre puis du polyester renforcé de fibre de verre. Ce matériau permet d’obtenir des formes volumineuses tout en conservant une structure relativement légère par rapport à la pierre.
La surface est ensuite peinte et parfois enrichie de miroirs, de mosaïques ou d’éléments brillants. Ces détails captent la lumière et donnent aux sculptures une apparence presque mouvante. Une Nana ne se découvre donc pas seulement par sa silhouette : elle change selon la distance, l’éclairage et le déplacement du spectateur.
Pour observer une œuvre de cette série, je conseille de commencer par sa structure générale avant de détailler les motifs. Regardez d’abord la posture, la direction des bras et la manière dont le poids du corps est réparti. Les couleurs viennent ensuite préciser le caractère de la figure, comme si elles remplaçaient les expressions d’un visage souvent simplifié.
Ce que les Nanas peuvent apporter à la pratique artistique
Les Nanas sont une source d’inspiration intéressante pour le dessin, la peinture et les loisirs créatifs, à condition de ne pas les réduire à une silhouette colorée à copier. Leur véritable intérêt tient à la relation entre forme, mouvement et affirmation de soi.
- Commencez par une silhouette simple et exagérez un élément, comme les hanches, les bras ou la posture.
- Choisissez une palette de trois à cinq couleurs fortes au lieu de multiplier les teintes sans organisation.
- Ajoutez des motifs qui suivent le volume du corps, afin qu’ils renforcent la sensation de mouvement.
- Donnez un titre ou une histoire à votre figure pour éviter de produire une forme uniquement décorative.
L’erreur la plus fréquente consiste à imiter les couleurs vives sans réfléchir à ce qu’elles expriment. Une composition réussie ne dépend pas seulement du rose, du jaune ou du bleu : elle a besoin d’une intention claire. Une posture ouverte peut évoquer la confiance, tandis qu’une figure compacte suggère davantage la protection ou le retrait.
Pourquoi ces sculptures restent actuelles
Les Nanas continuent de parler au public parce qu’elles ne proposent pas une définition unique de la féminité. Elles peuvent être joyeuses, provocantes, protectrices, sensuelles ou monumentales. Leur force vient précisément de cette capacité à accueillir plusieurs lectures sans perdre leur impact immédiat.
Je les trouve particulièrement intéressantes à une époque où les images du corps sont partout, mais souvent filtrées, retouchées et standardisées. Les sculptures de Niki de Saint Phalle rappellent qu’un corps peut être irrégulier, abondant, coloré et pleinement visible sans devoir demander la permission d’exister.
Pour les regarder avec attention, il suffit de croiser trois questions : comment la figure occupe-t-elle l’espace, que racontent ses couleurs et quelle liberté sa posture semble-t-elle revendiquer ? Ces repères permettent de dépasser l’effet spectaculaire et de comprendre la profondeur d’une série devenue emblématique de l’art contemporain.
Une invitation à regarder le corps autrement
Les Nanas de Niki de Saint Phalle ne sont ni de simples sculptures décoratives ni une collection de personnages identiques. Elles forment une galerie de présences féminines qui associent monumentalité, humour, couleur et contestation.
Leur leçon reste simple et puissante : une œuvre peut être immédiatement séduisante tout en portant une réflexion exigeante. C’est cette alliance entre plaisir visuel et liberté du regard qui fait, à mes yeux, la longévité exceptionnelle de ces figures.